ça passe ou ça casse !

Publié le 23 Janvier 2017

Le premier tour des Primaires de gauche apporte trois enseignements :

I/ Le nombre de votants aurait bien sûr pu être plus important, mais il est loin d'être faible. Organiser un vote démocratique réunissant plus de 1,5 millions de citoyennes et de citoyens c'est une belle réussite pour une belle alliance. Qu'Emmanuel Macron ou Jean-Luc Mélenchon aient refusé d'y participer, c'est leur faiblesse. Il ne faut pas avoir peur du vote du peuple de gauche. D'autant que la division des forces de la gauche sert les intérêts de la droite et de l'extrême droite. L'enjeu doit être en effet pour toutes les femmes et tous les hommes de gauche d'éviter pour la France l'arrivée au pouvoir d'une droite ultra-libérale et d'une droite ultra-nationaliste, et cela ne peut se faire qu'avec l'Union des forces de gauche au-delà de nos différences. Il faudra donc un rassemblement et il aurait été préférable que celui-ci intervienne avec la voix et le soutien du peuple de gauche lors de cette élection.

II/ Benoît Hamon a réussi son pari et se démarque largement de son concurrent à la gauche du PS : Arnaud Montebourg. Il a réussi à créer une dynamique et à faire le plein des voix sur une orientation "à gauche". Sa stratégie a été de faire oublier l'esprit frondeur, cette période de déchirements, d'attaques systématiques, de casse de l'action gouvernementale. Le parti socialiste a été affaibli par ces divisions internes fracassantes. Oubliant cette période, Benoît Hamon a voulu incarner une gauche du progrès social. Occultant la situation internationale, la mondialisation avec la concurrence économique farouche, le chômage de masse, le terrorisme,  il a ouvert le débat sur des sujets de société, déconnectés de la réalité mais intéressants en soi. Le problème maintenant, c'est qu'il est très loin d'une campagne présidentielle, sans projet crédible à proposer. C'est une réussite pour lui assurément mais il se retrouve bien nu pour entamer le combat qu'il faudra mener. 

III/ Manuel Valls a réussi lui aussi son pari. Certes le résultat aurait pu être encore meilleur, mais il s'est imposé en portant dans des conditions difficiles le bilan du gouvernement qu'il assume à gauche et en s'imposant comme le représentant de la gauche de gouvernement. C'est toujours un handicap à gauche de se confronter à la réalité du pouvoir. A chaque fois, une partie de la gauche préfère le confort d'un idéal à cette réalité. Mitterrand a perdu les deux élections législatives, Lionel Jospin s'est effacé dès le premier tour de l'élection présidentielle. Pourtant, ils ont bien gouverné à gauche. C'est quand la droite revient au pouvoir, que la gauche s'aperçoit qu'il vaut mieux un gouvernement de gauche pour assurer notre modèle social, pour faire avancer notre société face aux réactionnaires, pour gouverner le pays avec plus de justice. C'est difficile de gouverner à gauche et pour Manuel Valls, un handicap supplémentaire apparaît aujourd'hui : une partie de la gauche est tentée par le vote Macron. Il a assurément créé une dynamique autour de son nom, mais son projet est encore bien flou et il n'a pas l'expérience d'une campagne électorale, il n'a jamais été élu. Quels seront les sondages demain ... faire un choix maintenant sur des indicateurs si éphémères n'est-ce pas risqué ? 

A ce risque n'est-il pas préférable de s'assurer d'un candidat à gauche fort de son expérience, clair dans ses orientations, volontaire pour Présider le pays et porter la voix de la France devant les dirigeants du monde ?

C'est tout l'enjeu de ce second tour de la Primaire de la gauche ... où sera la dynamique ? La gauche va-t-elle porter un candidat pour l'élection présidentielle ou préfèrera-t-elle passer son tour en restant dans le rêve ou en s'offrant à un aventurier ?

Philippe Allard

Rédigé par Philippe Allard

Repost 0
Commenter cet article

BAILLERGEAU 23/01/2017 14:47

Le Parti a repris ses jeux pervers de tripatouillage des chiffres que l'on espérait ne jamais revoir ! Combien de votants ? Entre 130.000 et 200.000 selon les heures de la soirée ! On en connait tous la raison: la trouille gagne le navire.La mise en lumière des contradictions internes au parti a toujours été masqué par des artistes de grands talents: Blum, Mitterrand, Hollande. Le filon en est tari ,ce qui ne retire aucun talent ni à Manuel ni à Benoit, mais ce n'est pas leur truc ! La suite ? Explosion du PS , Départs individuels ou groupés ? Guerre civile interne ? Sortie d'un 3° homme ? De toute façon, il y aura eu un 22 janvier 2017, mais il y a eu aussi un 22 mars 1968 et qui s'en souvient ?