Présidentielle ... que faire ?

Publié le 9 Février 2017

Socialiste réformiste, je me sens profondément de gauche. Mais, pour la première fois j'hésite sur le vote du premier tour de l'élection présidentielle.
 
Le programme de Benoît Hamon cadre-t-il avec mon engagement socialiste ?

Certes Benoît Hamon a créé, durant la Primaire de la Belle alliance, une réelle dynamique ... mais à observer les résultats, on s'aperçoit qu'il a surtout réussi à capter les voix de Jean-Luc Mélenchon. Avec ce rapprochement, le socialisme s'orienterait dans un combat mondial pour proposer une alternative au monde libéral.  La France serait capable de promouvoir une autre société moins capitaliste, plus respectueuse de l'environnement. Un projet ambitieux, avec les femmes et les hommes portant cette volonté dans le monde, un projet séduisant pour une partie de la jeunesse dans l'espoir d'une possible transformation ... pourquoi pas ?  Reste l'essentiel, comment permettre cette mutation et comment fonctionnerait cette société ? Le programme de Benoît Hamon est-il aujourd'hui assez travaillé et clair pour porter ce futur désirable ? Un désir c'est déjà beaucoup, ne ruinons pas cette espérance, mais dans une campagne présidentielle on attend aussi un désir possible.

Certes Benoît Hamon replace le social au cœur de l'engagement à gauche, c'est un point positif et à soutenir face à la casse proposée par la droite de Fillon. C'est sans doute ce qui a manqué durant le quinquennat de François Hollande : une personnalité assez forte pour incarner cet engagement social de la gauche. Des réalisations ont été menées, ne l'oublions pas, mais il manquait une incarnation de cet engagement.  Cette volonté affirmée d'une politique de protection sociale pour la dignité de l'Homme c'est le combat de la gauche. Pour autant, le projet de Benoît Hamon peut soulever de fortes inquiétudes. La France est lourdement endettée, or plus la dette augmente, plus nous mettons notre pays à la merci de la finance internationale. Benoît Hamon propose de dépenser toujours plus, sans compter, sans soutien à l'activité des entreprises créatrices d'emplois, comment soutenir un tel projet ? Porter un projet social réclame aussi de la crédibilité.

Certes Benoît Hamon par sa personnalité incarne la volonté de rompre avec un modèle de République gaullienne qui a trop longtemps vécu. En 1958, en fondant la Vème République, De Gaulle a fait du Président de la République le père de la nation. On était encore dans une vision conservatrice et patriarcale ... on considérait qu'il fallait cette image du père pour mener la nation. La société a, depuis longtemps, progressé, mais les institutions n'ont pas changé. On demande encore à celui qui est candidat à l'élection présidentielle d'incarner cette image de l'autorité du père. Benoît Hamon s'y refuse et il a raison. Pour autant, après l'élection d'un Président normal peut-on se réduire à un Président banal ? Sortir d'une vision patriarcale ne veut pas dire d'accepter "monsieur tout le monde" à la tête de l'Etat.  Incarner la jeunesse, être candidat pour porter un projet, c'est bien mieux qu'une vision patriarcale .. mais trop de désinvolture c'est aller un peu loin. Porter un projet présidentiel réclame du sérieux. 
 
En somme, laissons le temps au temps ... la candidature de Benoît Hamon offre des orientations intéressantes mais elles doivent être encore travaillées. Le temps est court pour cela. A lui de s'en donner les moyens, il a l'intelligence pour corriger ce qui ne convient pas encore.
Une autre candidature est aussi possible, même si elle n'est pas socialiste, pour éviter à la France la droite ou l'extrême droite. Un autre projet proposé où la liberté redeviendrait une valeur de gauche pour redonner à notre pays un nouvel élan et permettre de répondre aux défis de notre temps dans un monde ouvert. Un projet basé sur l'initiative, la créativité, sans oublier la solidarité, une dynamique nouvelle s'appuyant sur une nouvelle organisation en construction avec l'engagement de citoyennes et de citoyens. Ne brisons pas cet enthousiasme nous en avons besoin.
 
Philippe Allard

Rédigé par Philippe Allard

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BLANCHET Georges 10/02/2017 10:48

Si nous voulons gagner la présidentielle il n'y a qu'une seule solution : celle qui nous a permis d'être au pouvoir à deux reprises : sous Mittérand et avec Jospin. C'est le rassemblement avec d'autres sensibilités sur une plateforme de gouvernement. Le cas de Hollande était différent puisqu'il a été élu principalement par un vote contre Sarkozy. Une majorité de Français pensaient qu'il était le mieux placé pour s'en débarrasser. Le souci actuellement c'est que le quinquennat qui s'achève a éloigné beaucoup de militants et dans ceux qui restent beaucoup en veulent au trio Hollande, Valls et Macron. Cela explique en partie l'élection de Hamon. Il faut faire avec, nous n'avons pas le choix. Mais Hamon a été un très bon ministre et il a déjà évolué sur le revenu universel. Il est obligé de faire une synthèse s'il veut arriver à rassembler.